… si en physique est ignorant celui qui ne connaît pas la loi de gravitation, en français l’est celui qui n’a pas lu Les Fleurs du mal. On peut parier que Rousseau, Stendhal et Proust resteront familiers aux lecteurs longtemps après que seront oubliés les noms des théoriciens actuels ou leurs constructions conceptuelles, et l’on fait preuve d’un certain manque d’humilité en enseignant nos propres théories autour des oeuvres plutôt que les oeuvres elles-mêmes. Nous - spécialistes, critiques littéraires, professeurs - ne sommes, la plupart du temps, que des nains juchés sur les épaules des géants.

TODOROV (Tzvetan), La littérature en péril, Paris, Flammarion, coll. “Café Voltaire”, 2007, p. 22-23.