… au moyen âge, comme dans l’antiquité, on lit, normalement, non, comme aujourd’hui, principalement avec ses yeux, mais avec ses lèvres, en prononçant ce qu’on voit, en le parlant, et avec ses oreilles, en écoutant les paroles qu’on prononce, en entendant, comme on dit, les voces paginarum. On se livre à une véritable lecture acoustique: legere signifie en même temps audire; on ne comprend que ce qu’on entend, comme nous disons encore “entendre le latin”, c’est-à-dire le “comprendre”. Sans doute la lecture silencieuse, ou à voix basse, n’est-elle pas inconnue: elle est alors désignée par des expressions comme celles de S. Benoît: tacite legere ou legere sibi, et celle de S. Augustins: legere in silentio, par opposition à la clara lectio. Mais le plus souvent, quand legere et lectio sont employés sans spécification, ils désignent une activité qui, comme le chant et l’écriture, occupe tout le corps et tout l’esprit.

LECLERCQ (J.), Initiation aux auteurs monastiques du moyen âge. L’amour des lettres et le désir de Dieu, Cerf, 1957, p. 21