Certes, il peut avoir, comme dans une petite école, appris à épeler d’abord ses lettres, puis ses syllabes et ses mots dans le texte même du fablier. Mais ce genre de travail se fait plus communément, au XVIIIe siècle, sur l’un de ces alphabets imprimés d’un sou que l’on appelle des Croix-de-par-Dieu. Il est plus probable qu’il a procédé comme l’esclave Brachio dont Grégoire de Tours nous apprend qu’il “lut et écrivit avant de connaître son alphabet”, en apprenant à retrouver sur la page imprimée le texte qu’on avait dû lui lire à maintes reprises et qu’il avait certainement mémorisé. Il s’agit là d’un modèle d’apprentissage rudimentaire qui a été certainement très fréquent jusqu’à la rénovation pédagogique impulsée par les ministres successifs de l’Instruction publique sous la monarchie de Juillet.
Jean Hébrard, “L’autodidaxie exemplaire. Comment Valentin Jamerey-Duval’ apprit-il à lire?”, dans CHARTIER (Roger) (dir.), Pratiques de la lecture, Paris, éd. Payot & Rivages, coll. ‘Petite Bibliothèque Payot’, 2003, p. 59.
