On a étudié ailleurs les sources linguistiques de cette malédiction qui frappe le français et qui a pour nom l’orthographe. Sa difficulté résulte fondamentalement de l’écart qui sépare l’écriture de la langue parlée. Ecrire beau, b, e, a , u ne devait pas poser de gros problèmes à l’époque, très ancienne, où ces quatre lettres étaient prononcées. Avec les siècles, un hiatus s’ouvre entre l’évolution phonétique et l’inertie graphique. Le même mot écrit beau qui était une représentation phonétique devient orthographiquement difficile, précisément parce que la graphie n’a pas évolué avec la prononciation. Simplifier une orthographe, c’est la rapprocher de l’usage oral en éliminant par exemple les lettres muettes. Le XVIIe siècle était allé très loin dans cette direction. Mais le XVIIIe est au contraire une période de régression orthographique. Et c’est à cette époque que l’écriture française prend les traits essentiels que nous lui connaissons aujourd’hui: l’orthographe de 1780 est très proche de la nôtre.
CHERVEL (André), Histoire de la grammaire scolaire. … et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français, Payot, 1977, p. 33.
