Je crois avoir déjà dit que Wren, en échange des leçons d’italien que je lui donnais, m’avait initié à l’étude de l’infinie langue anglaise. Il laissa de côté, dans la mesure du possible, la grammaire et les phrases fabriquées à l’intention des débutants et nous entrâmes de plain-pied dans la poésie, dont les formes exigent la concision. Mon premier contact avec la langue qui allait meubler ma vie fut le valeureux Requiem de Stevenson; puis ce furent les ballades que Percy fit découvrir à l’honorable dix-huitième siècle. Peu avant de partir pour Londres j’eus l’éblouissante révélation de Swinburne, qui m’amena - ô sacrilège - à douter de l’excellence des alexandrins d’Irala.
BORGES (Jorge Luis), “Le Congrès”, dans Le livre de sable, trad. par F.-M. Rosset, Paris, Gallimard, coll. “Du monde entier”, 1978, p. 45-46.
