Et si j’ai dit que l’homme ne naît pas dans la nature, mais dans la culture, c’est que tout enfant et à toutes les époques, dans la préhistoire la plus reculée comme aujourd’hui, apprend nécessairement avec la langue les rudiments d’une culture. Aucune langue n’est séparable d’une fonction culturelle. Il n’ a pas d’appareil d’expression tel que l’on puisse imaginer qu’un être humain soit capable de l’inventer tout seul. Les histoires de langage inventé, spontané, hors de l’apprentissage humain sont des fables. Le langage a toujours été inculqué aux petits des hommes, et toujours en relation avec ce que l’on appelle les réalités qui sont des réalités définies comme éléments de culture, nécessairement.

[…] ce que l’enfant acquiert, en apprenant comme on dit à parler, c’est le monde dans lequel il vit en réalité, que le langage lui livre et sur lequel il apprend à agir. En apprenant le nom d’une chose, il acquiert le moyen d’obtenir cette chose. En employant le mot, il agit donc sur le monde et s’en rend compte obscurément très tôt. C’est le pouvoir d’action, de transformation, d’adaptation, qui est la clé du rapport humain entre la langue et la culture, un rapport d’intégration nécessaire.

BENVENISTE (Emile), Structuralisme et linguistique (196 8) in Problèmes de linguistique générale, 2, p. 24, Gallimard, coll. Tel, 1974.