Illettrisme: la bonne question
Chaque jour nous apporte son lot de chiffres inquiétants concernant l’illettrisme. Les professeurs comme les animateurs de structures associatives ne peuvent pas ignorer le phénomène, qui est révélateur d’abord d’un échec (relatif) des efforts consentis à grand frais par l’état. Encore convient-il d’aborder ce problème de manière positive.
Nous ne gagnerons rien à ce que l’illettrisme soit reconnu, dans les années qui viennent, comme « grande cause humanitaire (ou politique) ». En tout cas, il me paraît important que les professionnels ne se laissent pas, quant à eux, entraîner sur ce terrain. Pour deux raisons. La première est que l’échec (relatif) des efforts éducatifs a des causes sociologiques profondes, sur lesquelles les professionnels de l’éducation ne peuvent pas agir. Quand des personnes habitent, se nourrissent, travaillent, s’expriment aussi mal qu’on voit dans certaines banlieues, il n’est pas étonnant qu’ils aient du mal à apprendre à lire et il n’est pas certain que cet échec soit le plus préoccupant pour ce qui les concerne. La seconde est que nos sociétés évoluent, et qu’il paraît de plus en plus évident que la lecture, et surtout la lecture livresque, n’occupera pas la même place demain qu’elle ne faisait hier.
La question que les professionnels doivent se poser est beaucoup plus précise. Elle consiste à savoir quels types d’activités de lecture ils peuvent proposer, qui seront mieux adaptés à l’esprit et aux goûts des publics de notre temps.
Nous avons la chance inouïe de pouvoir réunir des gens et de mettre la parole au coeur des activités que nous leur proposons. Et nous avons la chance de disposer de moyens technologiques puissants, capables de donner aux activités d’apprentissage un caractère ludique qui augmentera dans des proportions considérables leur efficacité. Allons ensemble dans cette voie. Multiplions et échangeons les propositions.
Quant à moi, voici l’un des derniers Moulins à paroles que j’ai fabriqués. C’est sur le petit poème que Robert Desnos a consacré à L’ours. Utilisez-le et dites-m’en des nouvelles…

août 20, 2008 at 12:04
Mon avis est que l’illettrisme est à prendre très au sérieux dès lors qu’il limite les possibilités du quotidien. Bien évidemment tout le monde n’est pas intéressé par les livres, ce que je conçois tout à fait. En revanche, à partir du moment où la personne est confrontée à des situations pour lesquelles elle ne dispose pas de tous les “outils” nécessaire, j’estime qu’il y a des choses à changer. Lorsque quelqu’un ne peut pas remplir un formulaire, comprendre un contrat ou que sais-je encore, il y a selon moi une nécessité de proposer des formations permettant de remédier à cela. Les problèmes qui ont empêché un apprentissage scolaire de qualité ne sont plus forcément d’actualité pour les adultes qui, s’ils sont motivés, doivent être encouragés dans leur démarche et avoir la possibilité de suivre des cours pour contrer les difficultés qu’ils rencontrent inévitablement.
août 20, 2008 at 12:33
Assez d’accord, Aurore, avec cette façon de voir les choses… Parfaitement d’accord pour défendre le droit à apprendre tout au long de la vie. Encore faut-il bien réfléchir aux programmes proposés. Je pense qu’ils doivent être différents de ce que propose l’école aujourd’hui. L’idée est qu’on ne doit pas aborder un adulte – ni d’ailleurs un enfant – en lui faisant remarquer que son “cas” est déjà grave (le pauvre vieux!), qu’il s’agit pour lui de rattraper un retard qu’il a toujours-déjà accumulé dans le cursus scolaire. Il s’agit d’apporter des “outils” supplémentaires, complémentaires. Et il s’agit de le faire de façon optimiste, joyeuse, et non pas comme pour réparer une injustice… Tout cela peut sembler aller de soi, mais les résultats seront très différents selon que l’on adopte une attitude culpabilisante-victimaire, ou au contraire une attitude gourmande de “gai savoir”…
août 20, 2008 at 12:57
Finalement, l’un et l’autre allez dans le même sens en vous complétant mutuellement. Je me permets d’ajouter mon grain de sel, même s’il ne fait qu’affermir, globalement, les propos ici présents.
Je suis de cet avis aussi qu’il est bon que l’aide existe, que le soutien soit accessible et connu de celui qui serait amené à le requérir. Je reste, toutefois, plus modéré quant à la dédramatisation du problème. Certes, j’y préférerais l’information personnalisée auprès du concerné des ouvertures (élargissement de l’imaginaire, meilleure compréhension du monde, communication fidèle à sa pensée, etc.) qu’une connaissance minimale de l’écrit offrent mais je ne manquerais pas de lui faire remarquer le caractère problématique de cette lacune relativement à l’intégration dans nos sociétés de l’écrit : presse, radio et télévision sont des médias écrits. Ne le perdons pas de vue.
Bien entendu, il est possible de mener sa vie sans connaissance des lettres. Elles sont néanmoins un outil devenu indispensable pour qui souhaite se comporter en citoyen de démocratie. Cela passe par la prise de position et, par conséquent, la capacité à comprendre – et souvent décoder – les opinions autres. Et l’écrit le permet. Celui-ci offre aussi un univers de concertation. Il est un moyen de lutte qui évite d’en venir aux bras. Certainement plus blessant que les gestes, il est aussi moins sanctionné que ces derniers. Pour ces raisons, il est un passage obligé, selon moi, avant une éventuelle action sociale.
Une première partie de réponse au drame de l’illettrisme réside, à mes yeux, dans une sensibilisation accrue, notamment, à ce que je viens de signaler et qui frôle pourtant l’évidence.
août 20, 2008 at 1:21
Ta position est proche, Lionel, de celle défendue par Alain Bentolila. C’est une position de base, très solide, à laquelle je souscris tout à fait. J’essaie seulement d’apporter une nuance qui me paraît décisive. Promettez-moi de ne pas devenir comme certains de nos collègues profs de lettres bien pensants, qui plaignent le bon peuple, mais aussi bien les bourgeois, les commerçants, les ingénieurs, de n’avoir pas la culture qu’ils ont tellement de chance de posséder, eux, et qui leur paraît tellement indispensable, tellement plus importante que celle, vernaculaire, qui s’apprend dans les familles, dans les églises, dans la rue…
Je veux dire que certaines familles issues de l’immigration ont perdu leur langue et leur mémoire… et que ceci doit être pris en compte… Etre enraciné dans sa langue et dans la mémoire de cette langue me semble au moins aussi important qu’apprendre à lire et à écrire dans la langue des autres…
Essayons de proposer la culture qui nous est chère comme l’objet d’un partage festif… plutôt que de vouloir l’imposer en en surévaluant le prix.
mai 21, 2011 at 9:21
Nous cherchons des bonne méthodes pour lutter contre l’illettrisme qui touche plusieurs gens, mais on repose toujours quelle est la méthode ou les méthodes les plus efficace, d’après moi ils sont entrain d’appliqués différentes sorte de méthodes car dans mon pays ils adaptent plusieurs manières pout lutter contre ce phénomène mais les résultats restes insatisfaisantes.
mai 21, 2011 at 4:48
Nous serions heureux de pouvoir vous aider, mais il faudrait que nous en sachions davantage sur vous. Et notre site principal est maintenant à l’adresse: http://voixhaute.com