Excellent billet de Mario Asselin sur l’aventure du NOTE2BE.COM. Je suis assez d’accord avec ceux qui dénoncent, à propos de cette malheureuse initiative, une dérive des usages d’Internet. Il me semble néanmoins que l’unanimité se fait de manière un peu hâtive pour condamner le pelé, le galeux d’où venait tout le mal. Nous sommes tous bien d’accord pour considérer qu’une pseudo-évaluation publique et nominative des professeurs est difficilement acceptable. Mais n’est-ce pas d’abord parce qu’en se focalisant ainsi sur la personne de l’enseignant, le dispositif note2be.com reste prisonnier d’une problématique qui fait peu de cas de l’équipe éducative? Or, cette problématique, terriblement individualiste, est celle sur laquelle se fonde le système éducatif français. Elle est soutenue à la fois par l’administration ministérielle et par les syndicats, puisque dans notre pays, à la différence de ce qui se passe dans la plupart des pays voisins (et des pays lointains, je pense au Canada), les directeurs d’école n’ont pas le pouvoir de constituer leurs équipes.

Lorsque je vais en clinique me faire opérer, il m’importe que le service qui m’accueille fonctionne de façon correcte. Au moment de ma sortie, il paraît naturel qu’on me demande d’évaluer la qualité des soins et de l’accueil dont j’ai pu bénéficier, mais cette évaluation porte sur l’équipe. Pour moi, peu importe de savoir de qui elle se compose. On peut me demander si je suis satisfait du travail de l’infirmier de nuit, par exemple, et je peux répondre par oui ou par non sans avoir besoin de connaître le nom de cet infirmer (il suffit que ce nom soit connu par le chef de service à qui il reviendra de lire mon évaluation et d’en tirer les enseignements).

La personnalité du professeur est bien sûr importante. Sa compétence. Sa disponibilité. Et l’usager a à attendre que l’établissement scolaire lui propose les meilleurs professeurs, ainsi d’ailleurs que les meilleurs équipements. Mais le choix des professeurs ainsi que leur évaluation incombent à la direction de l’établissement, à son conseil d’administration. Quitte à ce que cette direction soumette un questionnaire aux familles et aux élèves eux-mêmes pour éclairer son jugement. Si de telles pratiques étaient courantes, ou seulement envisageables dans un avenir prochain, note2be.com n’aurait pas existé.


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