Deux traits majeurs caractérisent la scolarité des enfants scolarisés en ZEP. Le premier est bien connu. Toutes les évaluations nationales montrent que leurs compétences dans les disciplines fondamentales sont nettement inférieures à celles des enfants scolarisés en milieu ordinaire. Rien de surprenant à cela. Beaucoup d’enfants scolarisés en ZEP sont issus de l’immigration. Dans la plupart des cas leurs parents ne parlent pas français, ou de façon rudimentaire. Et l’on voit donc mal comment ils pourraient rivaliser avec ceux qui parlent français chez eux. Mais le second trait est beaucoup moins connu et bien plus dérangeant. Les mêmes études montrent que le différentiel se creuse tout au long de la scolarité. Ce qui signifie que l’école ne concourt pas à réduire les inégalités, mais qu’elle a pour effet au contraire qu’elles se marquent davantage.
Et cela ne signifie nullement qu’à l’école, on n’apprendrait rien. C’est même le contraire. Les enfants scolarisés en ZEP apprennent beaucoup, mais cela signifie qu’ils apprennent moins bien et surtout moins vite que les autres.
Et cela signifie surtout que, même s’ils apprennent beaucoup, ils vivent leur scolarité en situation d’échec.
Il est temps, me semble-t-il, de se mettre en face de cette réalité et d’en admettre les conséquences.
On peut souhaiter que les professeurs apprennent à mieux gérer les classes hétérogènes. On peut les former pour cela, mieux qu’on ne fait aujourd’hui. On peut les encourager à utiliser les nouvelles technologies pour mieux adapter leur enseignement aux besoins de chacun. On peut mettre en place des dispositifs très sophistiqués (et très coûteux) de soutien individualisé. Tous ces efforts doivent être consentis et amplifiés, bien sûr. Mais ils n’empêcheront pas que des enfants du même âge disposent de compétences langagières sans commune mesure. Et que ceux dont les compétences sont les plus faibles en souffrent terriblement.
La souffrance dont beaucoup d’enfants et d’adolescents sont en proie aujourd’hui ne tient pas seulement à la manière dont on enseigne (encore que l’on pourrait enseigner en se donnant pour but de faire souffrir le moins possible, ce qui ne semble pas le cas le plus fréquent). Cette souffrance tient au système éducatif lui-même qui met les sujets en concurrence parce qu’il est structuré en forme de cursus, et qu’il repose sur le postulat selon lequel deux sujets du même âge doivent demeurer synchrones.
Jusqu’à une période récente, le redoublement constituait la variable d’ajustement que le système éducatif s’accordait à lui-même pour perdurer. Ce recours est critiqué par tous les spécialistes, et sera bientôt abandonné. Cet abandon me paraît légitime. Mais pourquoi ? Parce que le redoublement reposait sur l’hypothèse (ou la légende) selon laquelle le différentiel de compétences langagières entre deux enfants d’âge scolaire pouvait être d’une année, voire de deux. Or, aujourd’hui, cette légende a volé en éclats. Plus personne ne peut plus y croire. Le différentiel de compétences linguistiques est tel, dès la grande section de maternelle, qu’aucun redoublement ne peut plus le compenser.
Alors, que faire ? Tant que l’élève n’est qu’un enfant, faisons le pari qu’il peut s’adapter, bon gré, mal gré, au système scolaire que nous connaissons aujourd’hui. Ce système, nous l’avons hérité de l’Antiquité gréco-romaine. Il a fait ses preuves et, avec quelques aménagements, il n’est pas impensable qu’il puisse nous servir encore. Il est au coeur de notre tradition. Mais prenons garde au fait que, dans cette tradition, il n’était pas obligatoire pour tous jusqu’à seize ans comme il l’est aujourd’hui. Ou, du moins, n’était-il pas exclusif.

décembre 16, 2007 at 6:09
De ce côté-ci de l’Atlantique (Québec), on a vivement l’impression que les ZEP sont des ghettos.
L’éducation nationale joue forcément un rôle d’uniformisation et d’assimilation. Je crois qu’une telle politique réussit passablement bien dans un contexte où les immigrants se retrouvent minoritaires. Dans le cas ZEP, cependant, les forces culturelles du milieu sont trop fortes.
Quant à la mesure des apprentissages, je n’accepte plus que l’on évalue les écoliers en fonction de standards nationaux, oppressifs. Il vaut évoluer vers un système de reconnaissance du progrès réel des individus.