La lecture est une activité traditionnelle. Pendant une très longue période elle fut pratiquée parmi d’autres activités dont on n’imaginait pas qu’elles puissent lui être comparées en aucune manière. La lecture apparaissait alors comme une activité essentiellement intellectuelle, tandis que les autres auxquelles je songe étaient manuelles. C’étaient le tricot, la broderie, la couture, la vannerie, la cuisine, sans doute aussi la mécanique, la comptabilité, la musique instrumentale ou encore le dessin. Ces activités ne se pratiquent plus aujourd’hui que de façon marginale, tandis qu’elles occupaient une place centrale dans les habitudes de nos sociétés voici un demi-siècle encore. Et la lecture demeure. Mais elle paraît bien isolée. Et, du coup, nous percevons mieux les rapports de similitude qu’elle entretenait avec les autres.
Les études spécialisées montrent que les pratiques de lecture connaissent une inquiétante désaffection dans les pays les plus riches, et que l’école, en dépit des moyens budgétaires qui lui sont accordés, rencontre une difficulté de plus en plus grande à l’enseigner.
Pourtant il n’est pas nécessaire de se rapporter aux chiffres. Ce qui ressort de la manière la plus évidente de l’expérience de l’école, telle qu’elle est vécue par les maîtres mais telle aussi bien qu’elle peut être perçue par les parents, c’est ceci : que l’apprentissage de la lecture représente aujourd’hui une ascèse d’autant plus exigeante de la part de l’élève, qu’elle ne trouve son équivalent dans aucune autre discipline qui lui soit proposée, ni dont il ait seulement l’exemple autour de lui.
La lecture désormais est seule de son espèce.
Pour l’enfant qui apprenait à lire voici cinquante ans, la tâche consistait à mémoriser un code plus complet et plus précis qu’aucun autre sans doute parmi ceux qui lui avaient été donné de manipuler jusque là de manière volontaire et consciente. Mais il avait appris à se vêtir, à dire ses prières, et il vivait entouré de parents qui se livraient devant lui à toute sorte d’activités hautement précises, qui avaient dues êtres apprises, qui réclamaient habileté et attention, dont la réalisation exigeait la plus exacte soumission à un code et à une tradition.
On n’apprend pas à lire sans s’attacher aux apparences. Sans accorder aux moindres détails de l’apparence une importance décisive. Et c’est de la même manière que l’on pratiquait les activités traditionnelles que j’ai énumérées plus haut. Mais ce n’est que très rarement ainsi que l’on se comporte aujourd’hui. L’enfant qui apprend à lire se voit soumis à une exigence d’ordre et de précision que ses parents n’ont jamais réclamée de lui pour la réalisation d’aucune tâche, et dont ils ne lui montrent pas d’autre exemple.

décembre 12, 2007 at 7:05
Est-ce vraiment la lecture, ou la façon de lire qui en a pris un coup ? Je suis lucide, même moi, grande lectrice, préfère souvent à la lecture après une journée bien remplie, d’autres activités comme voir un film de cinéma ou surfer sur Internet. Pour les jeunes, le problème est que la lecture livresque était la première source de culture générale, et aujourd’hui qu’elle leur fait défaut, il leur manque des outils de découverte du monde. S’approprier une culture est leur première lacune, et c’est là que l’éducation que nous tentons pêche. Savoir leur apprendre notre démarche de curiosité est devenu le premier enjeu, trouver de nouvelles pistes dans ces nouvelles sources de savoir, cerner les enjeux…tout cela il faut réapprendre à le transmettre…